jeudi 6 mai 2010

Votre Candidate pour 2012

Consultation : votre candidat pour 2012 ( http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100506.OBS3546/consultation-votre-candidat-pour-2012.html

Photos Ph.Warrin-Villard-Baltel-Sipa/Th.  Coex-Ch.Platiau-AFP/Photomontage  Photos Ph.Warrin-Villard-Baltel-Sipa/Th. Coex-Ch.Platiau-AFP/Photomontage

Après la victoire de la gauche aux régionales, plus de 1.000 lecteurs du Nouvel Obs et une soixantaine de personnalités ont fait part de leurs choix pour 2012 à l'hebdomadaire. Nouvelobs.com a, dans la foulée, demandé à ses lecteurs ce qu'ils en pensaient. Voici le résultat de cette consultation, qui si elle n'a rien de scientifique, donne une tendance de vos préférences.

Voici ramenés en diagrammes les résultats de notre consultation. Seules les personnalités qui ont recueilli plus de 10% d'opinion favorable ont été représentées. Accompagnant chaque question, vos meilleurs commentaires ont été extraits. Techniquement, les quelque 900 lecteurs qui se sont prononcés ont rempli un questionnaire librement commentable. De fait, les lecteurs pouvaient voter plusieurs fois, ces résultats sont donc à prendre pour ce qu'ils sont: un instatanné de la pensée d'un certain nombre de lecteurs qui ont pris le temps de s'exprimer...

Le ou la plus compétent(e)

Ségolène Royal, en tête du classement, a, pour nos lecteurs, "un franc-parler qui est celui du peuple." Elle est vue comme "la plus charismatique dirigeante politique de gauche". "Il faut changer la façon de faire la politique : elle seule en est capable", estime un lecteur.

"Un bilan, du sérieux pas de bling-bling, une dimension de femme d'Etat par sa hauteur de vue nationale et internationale". Martine Aubry est "capable de rassembler toutes les composantes de la gauche tout en respectant l'identité de chacune d'elles", peut-on lire dans vos commentaires. "N'a pas peur du combat pour faire avancer des réformes essentielles".

Quant à Dominique Strauss-Kahn: "Compétent, expérimenté nationalement et internationalement, rassembleur, et pacificateur au delà des partis une fois élu." Il est défini comme "le seul ministre de l'Economie des 20 dernières années à avoir su promouvoir une politique publique de création de richesse ".

Manuel Valls apparaît comme le "le seul capable de rassembler une grande partie de la gauche sociale-démocrate et surtout un centre droit qui ne se reconnait pas dans le sarkozisme. Son âge, sa liberté de parole, son expérience 'dans la vraie vie' plaident en sa faveur!"

Jean-Luc Mélenchon est vu comme un "rassembleur à l'écoute du peuple, sans concession avec le monde de la finance qui ruine la majorité d'entre nous et met à bas notre pays".

Et à propos de Daniel Cohn Bendit : "C'est le seul à pouvoir rassembler dès le premier tour de l'extrême gauche au centre gauche, voire centre droit".

Le ou la plus expérimenté(e)

Ségolène Royal apparaît pour nos lecteurs la plus expérimentée à gauche, en particulier en raison de sa première expérience de candidate à la présidence de la République. "Elle a montré qu'elle pouvait gérer sa région et elle a déjà mené une campagne présidentielle avec succès", lit-on dans les commentaires. "Son premier échec l'a excellemment expérimentée pour affronter l'adversité."

Juste derrière, Dominique Strauss-Kahn est apprécié pour ses expériences au FMI et au ministère de l'Economie: "Bonne expérience ministérielle, grande expérience de l'international, fantastique expérience à l'échelle de l'UE qui l'a portée au FMI. Il n'y a pas mieux sur le marché politique tant à gauche qu'à droite!", peut-on lire dans les commentaires. "C'est de cela dont notre pays a bien besoin pour sortir de l'ornière où il se trouve".

L'expérience de Martine Aubry est également très appréciée. "Ancienne ministre, Maire d'une grande ville, bonne expérience de l'assemblée nationale, secrétaire du PS ou elle a appris à manager l'adversité interne, elle a cumulée nombre d'expériences et saura les mettre en valeur", commente un lecteur.

Quant à François Hollande, son expérience à la tête "de la principale formation politique de gauche depuis 10 ans" est de nombreuses fois rappelée. "Il connait tous les dossiers", souligne-t-on.

Le ou la plus apte à diriger la politique étrangère de la France

(pour 0,3 points: 27,2DSK - 26,9 SR)

Dominique Strauss-Kahn arrive en tête concernant la politique étrangère, ses responsabilités au FMI plaidant une nouvelle fois pour lui: "Il est selon moi une personnalité politique reconnue internationalement (conf: FMI), c'est un homme politique révélant une vraie autorité, et par ailleurs des talents de négociateur", affirme un lecteur.

Mais les commentaires les plus laudateurs concernent Hubert Védrine: "Incontestablement, le meilleur ministre des Affaires extérieures : fin diplomate, géopoliticien hors pair" peut-on lire. "Homme réaliste, expérimenté et peu sectaire".

Ségolène Royal est quant à elle recommandée pour conduire la politique étrangère française en raison de son discours de Dakar et ses connaissances des rapports nord-sud.

Et Martine Aubry est souvent citée pour sa capacité à "s'entourer de personnalités compétentes dans ce domaine".

Notons qu'un lecteur n'exclut pas de voter pour Speedy Gonzales "Pas besoin de jet privé pour se déplacer. En plus il va plus vite". Pourquoi pas?

Le ou la plus proche des Français

Ségolène Royal arrive largement en tête pour cette catégorie en particulier grâce à son expérience en Poitou-Charentes et sa défense de la mise en place d'une démocratie participative. "Dans sa région, elle est capable d'écouter, d'être disponible pour les gens, même pour les petites gens. Elle a un parler vrai. Elle connait les problèmes et sait aborder les vraies questions", peut-on lire dans les commentaires à cette question.

Martine Aubry est appréciée quant à elle car "elle sait écouter et comprend la détresse des plus démunis" estiment des lecteurs qui voient en elle "une certaine force tranquille rassurante dans un paysage politique dévasté par des ambitions trop affichées".

Jean-Luc Mélenchon est pour sa part considéré comme le "seul qui écoute un peu ce que disent les gens, hors période électorale.

Mention spéciale pour François Hollande dont l'humour, souvent rappelé par les votants, en fait, à leurs yeux, quelqu'un de proche des Français.

Le ou la plus apte à réformer la France

"Elle a des idées, n'est pas sectaire et a envie de faire bouger les choses" lit-on à propos de Ségolène Royal. "C'est la seule capable de réformer le pays en faisant participer les citoyens", estime certains lecteurs de l'Obs qui ont répondu à cette consultation.

De son côté, Martine Aubry semble "incarner la réforme, au sens du progrès". Avec Aubry, lit-on, "la réforme est tout à la fois juste, utile et pédagogique." "Elle aura la volonté de réaliser ce qui lui tient à cœur, ce qui lui parait juste pour les Français".

Chez les fans de DSK, il y a une admiration de sa "capacité de négociation et d'écoute". "Un réformiste est préférable à un(e) sectaire pour réformer ce pays qui a pris tant de retard dans certains domaines", affirme un lecteur. "Strauss-Kahn est quelqu'un de visionnaire, qui propose des solutions nouvelles de gauche comme les nationalisations temporaires des entreprises en difficulté".

Une qualité attribuée également à Daniel Cohn-Bendit: "Il cherche des nouvelles solutions, sait faire preuve d'imagination, et représente vraiment le mouvement et le changement", lit-on dans les commentaires.

François Hollande semble apprécié pour ses capacités à "réformer sans mettre la France à feu et à sang et tout casser comme le fait Sarkozy actuellement".

Le ou la plus apte à réduire les inégalités sociales

Si Ségolène Royal arrive en tête, en pourcentage, des personnalités considérées par nos lecteurs comme les pus aptes à réduire les inégalités sociales en France, les commentaires les plus nombreux et enthousiastes concernent Martine Aubry. "Elle incarne plus qu'aucun autre présidentiable son attachement aux valeurs de progrès social. Nulle hésitation sur sa sincérité, son engagement profond dans la lutte contre les inégalités sociales" peut-on lire notamment dans notre consultation.

Ségolène Royal est, elle, considérée comme une "partisane de l'équité et de la fraternité" par nos lecteurs qui estiment qu'elle "a fait ses preuves de compétences et de rassemblement autour d'une politique régionale".

Dominique Strauss-Kahn est une fois de plus célébré pour "ses compétences en économie [qui] sont essentielles pour sortir la France de la crise. Ou pour cet argument tout à fait objectif: "C'est le meilleur!!!" Ou celui plus pragmatique: "Notons qu'il a fait un excellent travail en tant que Maire de Sarcelles."

Jean-Luc Mélenchon est défini comme tenant de "la gauche réaliste, il est le plus alerte sur les inégalités. Il ne parle pas que des exclus d'un côté et de la classe moyenne de l'autre. Mais aussi de la frange entre les deux." Il "n'a pas craint de lâcher le PS en pleine dérive droitière à l'époque, pour être en harmonie avec ses idées" peut-on lire.

Manuel Valls semble plus capable aux yeux de certains "surtout à côté des éléphants qui ont fait tant de mal au pays et surtout à ses ouvriers du privé".

Quant à François Hollande, il est qualifié "d'expérimenté et capable". "Son caractère et ses qualités du compromis doivent faciliter sa candidature pour négocier avec les syndicats et les forces vives de la France."

Votre candidat pour la gauche en 2012

Céline Lussato - nouvelobs.com

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100506.OBS3546/consultation-votre-candidat-pour-2012.html


mercredi 5 mai 2010

Poncifs subliminaux !



Ce qui est épatant avec le quotidien "Libération" ce sont les subtilités de langage dont il ne s'encombre jamais notamment dans ses pages politiques. On en a un aperçu particulèrement vivifiant et une confirmation plutôt éclatante, dans l'édition du mercredi 5 mai 2010 avec à sa une le titre suivant: Présidentielle : le jour où DSK s'est décidé.
En pages intérieures est rapporté par le menu un certain diner de février dernier où, entouré de quelques uns de ses fidèles,DSK n'aurait plus vraiment fait mystere de ses ambitions personnelles,bref une soirée qui pourrait par conséquence ébranler la face du monde et sur sa lancée l'Hexagone en 2012 .
Et puis en page 4 un rappel des autres éventuels "postulants"à la candidature ,sait -on jamais ?! .
Tout est dans le choix fouillé du vocabulaire, si Martine Aubry se voit attribuer la mention de "candidate de la gauche décomplexée?" François Hollande "candidat de la gauche responsable," Segolène Royal se voit recevoir quant à elle le label de " candidate de la cause du peuple" (et du petit livre rouge et de la révolution culturelle pour flirter avec la métaphore maoiste tant qu'on y est ,non?) et le déferlement des nuances dans les descriptifs et les qualificatifs peut se poursuivre allègrement :"populiste et populaire sur l a taxe carbone, elle joue les coups médiatiques...
Mathieu Ecoiffier (auteur de cet article :" Aubry, Hollande, Royal et les autres en embuscade ") se garde bien alors de rappeler dans quel contexte elle s'est prononcée contre l'instauration de cette taxe, en quoi elle pouvait affecter les catégories les plus modestes, mais manifestement ce ne sont pas des éléments suffisamment pertinents pour mériter d'être signalés aux lecteurs! Certes il se borne à reconnaitre qu'elle dispose "d'un socle solide de fidèles",
mais ça lui fait trop mal de l'écrire , il se reprend et préfere l'affubler aussi sec d'un "reél fan-club dans l'électorat de gauche". Cette enfilade affligeante de clichés entend essayer en filigrane de se donner une apparence vaguement contrebalancée en rappelant qu'"elle est "dotée d'un sens politique dont aucun de ses camarades ne dispose".
En définitive on reste surtout interdit par cet exercice de style d'une partialité flagrante et redoutable, mais malheureusement récurrent dans nombre de quotidiens, qui ne contribue vraiment pas à dynamiser et à élever surtout le niveau du débat politique tant à gauche qu'au -delà!
Eric Sternahc

mardi 4 mai 2010

Les banlieues ont surtout besoin de démocatie

Cr�teil

Les banlieues ont surtout besoin de démocratie

Les politiques de la ville ont échoué. Le constat est à peu près unanime, mais à quoi tient cet échec ? Les critiques de ces politiques mettent en général en cause leur contenu, mais est-ce suffisant ?

Comme Jean-Pierre Barbier, Jacques Donzelot et quelques autres l'ont fait remarquer, en abordant la question des "banlieues" sous l'angle de la ville, on transforme des questions sociales, l'absence d'emploi, des conditions de travail dégradantes, la discrimination, en questions spatiale, urbaine.

Ce faisant, on évacue la dimension politique au profit de problématiques techniques que l'on confie à des experts, urbanistes, architectes, sociologues, fonctionnaires, professionnels de l'accompagnement social. Ce sont eux qui définissent les zones à traiter, qui élaborent les programmes et les mettent en oeuvre. Les habitants n'ont pas leur mot à dire.

Bien plus que le contenu, c'est le projet même de ces politiques qui doit être revu

Au mieux, on propose aux habitants de ces quartiers de participer à des concertations, exercice qui consiste essentiellement à valider des options choisies ailleurs, en haut lieu, dans des instances politiques et administratives qui envisagent la question sous les seuls angles du contrôle social et de la charité : il faut traiter les "banlieues" parce qu'elles menacent l'ordre social et parce que nous avons une obligation à l'égard de leurs habitants. De fait les solutions retenues sont un mélange de mise à l'écart des populations qui les habitent, de contrôle policier et d'aménagement des quelques institutions qui ne les ont pas désertées (école...).

Il faudrait donner la parole aux habitants pour leur donner les moyens d'exercer une pression sur les élus

Plutôt que de décider d'en haut de ce qui est bon pour les habitants de ces quartiers, il faudrait leur donner la parole, leur donner les moyens d'exercer une pression sur ceux qui, sur le terrain, décident, organisent, financent : les élus. Dit autrement, les habitants des quartiers difficiles ont besoin de représentants, de gens qu'ils ont choisi, qui parlent en leur nom, qui portent et donnent à entendre leurs demandes, leurs attentes, leurs revendications. Parce qu'ils ne sont pas représentés dans les instances démocratiques, conseils municipaux, conseils généraux, assemblées régionale et nationale, ils ne peuvent ni se défendre ni faire valoir leur point de vue ni obtenir les financements, aides qui permettraient d'améliorer effectivement leur quotidien. Ce sont des citoyens incomplets, au sens qu'Aristote donnait à ce mot lorsqu'il parlaits des métèques, des étrangers, des enfants… de tous ceux qui étaient exclus du jeu politique. Les habitants de ces quartiers sont exclus du jeu politique parce qu'étrangers, trop jeunes pour voter ou, encore, pas inscrits sur les listes électorales.

Certains, qui ont fait le même constat, proposent de confier ce travail de représentation à la société civile, à des associations communautaires, religieuses, comme cela se fait à Marseille. Mais c'est prendre le risque de leur donner une importance et une légitimité qu'elles n'ont pas forcément dans la communauté. En quoi un imam est-il représentatif d'une population musulmane largement agnostique ? Ce type de représentation communautaire est d'autant plus inadapté que ces communautés sont en général hétérogènes. A l'inverse de ce qui se passe dans d'autres pays, les quartiers ne sont pas, chez nous, organisés de manière ethnique. Ce sont des mélanges de gens venus de partout.

La démocratie locale est à inventer dans ces quartiers

Ce qui est tout sauf facile. Donner le droit de vote aux immigrés serait un pas dans la bonne direction, mais sans doute insuffisant : il ne suffit pas d'avoir le droit de vote, encore faut-il l'utiliser. Et rien ne nous dit que les habitants de ces quartiers l'utiliseraient plus que les Français «de souche» issus des classes populaires. Le plus simple serait, sans doute, d'associer ce droit de vote à des mécanismes conçus pour inciter les partis politiques à faire monter dans leurs listes des représentants de ces quartiers.

La notion de quartier est trop globale, il faudrait faire de la micro-géographie

Ramener la politique de la ville au plus près des habitants de ces quartiers serait le meilleur moyen de traiter des problèmes qu'on y rencontre de manière adaptée. Tous les intervenants dans ces banlieues le savent, la notion de quartier est trop globale, il s'agit, le plus souvent, de micro-territoires, une barre d'immeubles, un coin de rue, une zone inaccessible par temps de pluie, des parcours en transports en commun si longs qu'ils limitent l'accès au marché du travail… Il faudrait faire de la micro-géographie, et cela n'est possible qu'avec ceux qui connaissent les lieux mieux que quiconque : les habitants.

Une approche plus démocratique de ces questions permettrait également de distinguer des phénomènes qui demandent des traitements différents

A regarder les banlieues de trop loin, les politiques de la ville mettent dans le même sac la grande pauvreté de quartiers abandonnés de tous, qui ne sera résolue que par le retour à l'emploi, la délinquance dure et la concentration d'adolescents, par nature plus turbulents que les adultes. A tout confondre, à traiter des jeunes gens qui se lancent dans des rodeos sur des motos trafiquées comme de grands voyous, on ne règle aucun problème et l'on enferme un peu plus encore ces quartiers dans l'isolement.

Combattre le populisme ambiant entretenu par les medias

Depuis quelque temps, les médias associent directement banlieues et délinquance dure, trafic de drogue… Facilité de journaliste, entretenue par le populisme ambiant qu'il faut combattre. Non seulement parce que c'est faux, mais aussi parce que c'est dangereux : ce type de confusion ne peut que conduire à des réactions de solidarité où les adolescents et leurs parents finissent par devenir complices de vrais voyous. Seule une expression démocratique qui donnerait à ceux qui aujourd'hui sont condamnés à se taire la possibilité de s'exprimer permettrait de remettre les choses à leur juste place. S'il y a des délinquants dans les banlieues et des adolescents turbulents, il y a aussi, et surtout, des pauvres qui accumulent tous les handicaps.

auteur: Bernard Girard
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Alain Touraine : « il faut que les peuples aient une conscience de justice »

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03/05/2010 17:42


Entretien avec Alain Touraine, sociologue

La Croix : le premier ministre grec vient d’annoncer un plan de rigueur d’une ampleur historique. Il a appelé les Grecs à faire preuve de « patriotisme » et de « conscience collective ». Est-ce pertinent d’en appeler au patriotisme ? Et si non, sur quels registres jouer pour faire accepter un plan aussi douloureux ?

Alain Touraine : J’espère que les Grecs ne vont pas se satisfaire d’un appel au patriotisme ! Ce dont ils auraient besoin, c’est au minimum d’une demande de pardon de la part du gouvernement et des élites dirigeantes du pays. La Grèce aurait besoin aussi de changer de dirigeants.

Il faut évidemment qu’un gouvernement soit capable de convaincre le peuple qu’il y a des transformations à faire pour s’en sortir. Des politiques qui ont menti et qui se sont rendus coupables de corruption, ne sont pas très bien placés sur le plan moral pour demander cela. Les Grecs réagissent vivement et on les comprend. Il s’agit toutefois d’un cas extrême.

Y a t il des précédents où des peuples ont dû se serrer la ceinture de manière drastique ?

On ne peut pas vraiment trouver de cas analogues. En 1945, la situation française n’était pas brillante non plus, mais le pays a pu se redresser économiquement. Ce n’est pas le « patriotisme » qui a joué en tant que tel mais il était clair qu’après l’Occupation, il y avait une forte conscience de la nécessaire ouverture à un monde nouveau et tout le monde, y compris les communistes, a tenu le même discours : il faut produire ! La France n’avait pas le choix.

Aujourd’hui, la France est, elle aussi, menacée de mesures drastiques pour résorber l’ampleur des déficits…

Les Européens ont longtemps été dans une situation favorable, préservés des crises sectorielles et régionales (Asie, Mexique, Argentine). Même chose pour les Français qui n’ont pas grand-chose à se reprocher, dans cette crise financière notamment. C’est pourquoi, ils se trouvent dans une situation où ils comprennent mal ce qui leur arrive et ont du mal à voir pourquoi ils vont devoir se serrer la ceinture. Les Français ne sont pas préparés aux sacrifices nécessaires à une sortie de crise.

Dans ce cas, la réforme des retraites va-t-elle être difficile à faire accepter ?

Les gens ont le sentiment qu’ils vont devoir payer pour des erreurs dont ils ne sont pas responsables. En outre, il est difficile de demander des efforts à une population avant d’avoir demandé des efforts à ceux qui sont encore privilégiés, les plus riches, voire à ceux qui sont responsables de la situation.

S’agissant de la crise financière, le gouvernement, qui s’apprête à demander des efforts conséquents aux Français, doit montrer qu’il prend des mesures pour condamner les responsables : ces financiers, qui ont causé la folie que l’on sait, il faut les punir, au sens propre du mot ! Et seulement après cela, il sera possible de demander des efforts au peuple.

S’agissant des retraites, la première chose à faire, c’est étendre l’assiette des cotisations à l’ensemble des revenus. Il faut agir par ordre de priorité : d’abord demander des efforts aux plus riches, puis aux autres, et enfin aux plus pauvres… Soit demander plus à ceux qui ont plus et moins à ceux qui ont moins. Hélas, je n’ai pas le sentiment que ce gouvernement soit prêt à tenir ce discours. Par conséquent, la logique voudrait qu’il affronte de grandes difficultés, voire qu’il ne passe pas le cap de 2012.

Vous dites que pour accepter des efforts et des sacrifices, ces derniers doivent apparaître justes ?

Oui, il faut que les peuples aient une conscience de justice. La justice, dans le cas de la crise financière et des efforts qui vont suivre, c’est qu’on touche d’abord au portefeuille des responsables, et qu’on ne laisse pas les plus riches s’enrichir encore, exporter leur argent à l’étranger, etc.

Certaines sociétés sont-elles mieux préparées que d’autres aux efforts collectifs ?

Prenons l’Allemagne. Le seul pays qui va à peu près bien. L’Allemagne bloque les salaires depuis longtemps et se concentre sur les exportations industrielles. C’est le seul pays qui ait maintenu une économie industrielle. Il a fallu faire payer aux ouvriers ce redressement. Mais au moins, les gens ont vu le redressement. Ils ont pensé : le sort de l’Allemagne a toujours dépendu de l’industrie, il faut sauver l’industrie. Ensuite, les salaires suivront.

Même chose en Suède, qui avait un taux de produit national dépensé par l’État extrêmement élevé ; les Suédois ont réussi à le baisser de dix points, sans pour autant diminuer les prestations sociales. La Suède a pu accomplir cela car elle a une grande ouverture à l’économie internationale d’un côté, et un système de décisions qui est fondé sur le dialogue et la négociation, de l’autre. On peut faire passer beaucoup de choses quand on montre aux gens qu’ils ont un contrôle réel sur les politiques appliquées.
Recueilli par Solenn DE ROYER

DSK s'est-il disqualifié pour représenter les socialistes?


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  • Pour l'heure les socialistes français font mine de ne pas le comprendre mais il n'est pas besoin d'être grand clerc pour le deviner: l'engagement d'un des leurs, Dominique Strauss-Kahn, patron du Fonds monétaire international (FMI), dans la mise au point, en association avec la Commission européenne, du plan d'austérité qui va être imposé à la Grèce, un des plus violents qu'ait connu un pays européen depuis l'après-guerre, risque de peser lourdement sur leurs débats internes en prévision de l'élection présidentielle de 2012. Compte tenu du rôle qu'il joue actuellement, DSK peut-il encore prétendre, le moment venu, être candidat à la candidature pour représenter la gauche française à ce scrutin? Ou bien s'est-il disqualifié? L'interpellation est aujourd'hui taboue dans les rangs socialistes, mais le PS prendrait un gros risque à l'éluder, lui qui cherche à convaincre l'opinion de son nouvel ancrage à gauche.

    «FMI: go home!» Le slogan, en tout cas, est de plus en plus populaire en Grèce. On l'entend dans les manifestations contre le plan d'austérité, comme on le lit sur les banderoles ou les calicots de ceux qui descendent dans la rue. Ce qui se comprend aisément. Comme l'a détaillé Mediapart dans ses dernières analyses (lire en particulier Grèce: un plan socialement injuste et économiquement dangereux), c'est en effet un plan très violent que le FMI et la Commission européenne ont mis au point. Alors que Dominique Strauss-Kahn a souvent cherché à défendre l'idée que sous sa présidence le FMI avait fait peau neuve et qu'il n'appliquait pas les plans de redressement sanglants des décennies antérieures, le dispositif grec fonctionne comme une épreuve de vérité: le FMI est resté tel qu'en lui-même, brutal et sans états d'âme, usant de toutes les vieilles ficelles ultra-libérales pour mettre au pas le pays.

    Réduction de dépenses d'investissement, démantèlement des systèmes de protection sociale, réformes des procédures de licenciement, gels de salaires, réforme des retraites, privatisation: ce qui va être appliqué à la Grèce, c'est la purge amère qui a été infligée dans le passé à de nombreux pays pauvres, en Afrique comme en Amérique du Sud. Où est le socialisme dans tout cela? C'est le grand retour des «Chicago boys».

    Ce rôle de Dominique Strauss-Kahn, les socialistes le connaissent mais ne veulent pas, pour l'instant, en parler publiquement. Lors de son point de presse hebdomadaire, lundi 3 mai, le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a donc tenté l'exercice périlleux consistant à dénoncer le plan d'austérité grec, tout en omettant d'en attribuer la paternité partielle à qui de droit: DSK.

    Dans la vidéo ci-contre, mise en ligne sur le site du Parti socialiste, on l'entend donc annoncer que «le Parti socialiste votera ce plan d'aide, mais ne vote pas pour le plan d'austérité». Et il ajoute: «Nous regrettons que ce plan soit si tardif et surtout qu'il soit conditionné à une cure d'austérité. La réduction des dépenses publiques va amener la Grèce à s'enfoncer dans un sillon de récession extrêmement long qui va entraîner un recul des recettes publiques et va perpétuer une situation tendue du budget grec. Nous préconisons plutôt une véritable politique de relance. Les milliards d'euros débloqués par l'Europe et par le FMI auraient été mieux utilisés à la relance de l'économie. Cela ne nous empêchera pas de voter la solidarité en précisant que c'est une curieuse conception de la solidarité que celle qui consiste à emprunter à 3 % pour prêter à 5 % à la Grèce, en se faisant des marges de bénéfices au passage. La solidarité européenne aurait mérité une meilleure illustration. Nous sommes inquiets sur les conséquences de cette récession économique en Grèce comme sur ces difficultés qui risquent d'être longues

  • La gêne socialiste est d'autant plus perceptible que celui qui en est à l'origine ne prend guère de précautions. Dans un entretien au Monde daté du 4 mai, Dominique Strauss-Kahn se dit en effet sans trop de scrupule «admiratif de l'extrême rigueur choisie par le gouvernement Papandréou qui a préféré de durs sacrifices immédiats pour sortir au plus vite son pays de la crise».

    Et d'ajouter, dans une terminologie qui, en France, a plus de résonance barriste que socialiste: «Il n'y avait pas d'autre moyen que de baisser drastiquement les coûts, puisque le défaut de compétitivité grecque est d'environ 25 %, ce qui est énorme. C'était ça ou les salaires des fonctionnaires et les retraités n'étaient plus payés le mois prochain.»

    Que les socialistes le veuillent ou non, Dominique Strauss-Kahn a donc endossé des habits de «Père-la-rigueur» dont il aura désormais la plus grande difficulté à se débarrasser. Et par la force des choses, cela risque de brouiller fortement les messages du Parti socialiste au cours des prochains mois. Car s'il tente de convaincre de la sincérité de son projet, très ancré à gauche notamment sur le plan fiscal, on aura tôt fait de l'interpeller sur ce point.

    Ce positionnement très anti-social – ou si l'on préfère ultra-libéral – de Dominique Strauss-Kahn n'est bien sûr pas pour surprendre. Ministre des finances du gouvernement de Lionel Jospin, c'est lui qui a le plus poussé à l'époque pour que les socialistes se convertissent à une politique blairiste ou sociale-libérale. Préconisant une baisse du taux supérieur de l'impôt sur le revenu au profit des très hauts revenus, défendant une très forte et choquante défiscalisation des stock-options ou encore la mise en œuvre accélérée de privatisation des services publics, il n'a jamais depuis fait amende honorable. Beaucoup de dirigeants socialistes ont fait, depuis, leur examen critique; lui non!

    Le choix de Dominique Strauss-Kahn de postuler à la fonction de directeur général du FMI, Nicolas Sarkozy lui faisant la courte échelle, et maintenant le rôle qu'il joue au sein de ce même FMI apparaissent donc non pas comme un reniement mais comme un aboutissement. Si l'ancien ministre socialiste des finances est à ce point prisé dans les milieux patronaux français – autant que l'était Nicolas Sarkozy quand, en 2007, il leur parlait de «rupture» –, cela a évidemment quelque chose à voir avec cela.

    Le Parti socialiste peut donc aujourd'hui faire mine d'oublier que le plan grec d'austérité, c'est, au moins en partie, le plan «DSK». Mais, tôt ou tard, le fameux principe léniniste finira par jouer: «Les faits sont têtus.» Alors, d'ici la prochaine élection présidentielle française, soit le Parti socialiste mettra une sourdine à ses actuelles professions de foi ancrées à gauche; soit il en arrivera à la conclusion que «DSK» s'est de lui-même disqualifié pour le représenter.

    La crise grecque aura peut-être cette seule vertu: elle va clarifier le débat au sein de la gauche française.

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mardi 20 avril 2010

Le projet socialiste copie conforme du pacte présidentiel.



le 20/04/2010 à 15:07

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On subodorait que le projet socialiste ne serait pas vraiment différent de ce que proposait Ségolène Royal en 2007. On en a maintenant la quasi certitude avec le projet qui semble se dessiner. Les concepteurs du projet n'ont pas eu beaucoup à se fouler il est vrai tant il était facile de conserver le pacte présidentiel pour l'analyser et en retirer la substantifique moelle. Le projet PS pour 2012 est donc classé très à gauche par les libéraux. C'est une excellente nouvelle et on se demande bien pourquoi les socialistes d'alors ne l'ont pas défendu avec autant de force qu'il aurait fallu. On a perdu 5 ans. Le peuple a mangé 5 ans de sarkozysme pendant que solferino faisait ses petits calculs politiques sur 2012. Pariant sur la défaite du sarkozysme et donc du retour mécanique de la gauche en 2012. Sans rien faire ou presque. Car il faudra quand même éliminer Ségolène Royal du jeu et laisser le champ libre aux éléphants du parti: DSK, Fabius, Aubry qui sont bien content de trouver un projet socialiste clé en mains et de plus déjà construit avec l'ensemble de la société.

C'est donc une lutte de personnes à gauche qui va se dessiner puisque les uns et les autres vont tenter de défendre le même projet. Le poids de solferino se retrouvera dans un pacte scellé à trois qui aura comme objectif d'incarner le PS officiel. Comme seule adversaire crédible il ne restera plus que Ségolène Royal. Crédible car elle est l'instigatrice de ce projet et qu'elle le met en place dans sa région.


Alors pour que ce soit bien clair pour tout le monde et que l'on puisse juger sur pièces voilà donc le futur projet socialiste tel qu'il se présente pour 2012: A lire ici.


Voici quelques mesures sorties du pacte...euh du projet socialiste par les Echos: A lire ici.


J'en ai ressorti les mesures principales et fait le paralléle avec 2007:


- La sécurité sociale professionnelle:


- Investissement dans la recherche et la formation:




- Réguler les banques:



Voilà je m'arrêterai là pour ne pas trop surcharger le billet. Mais je propose quand même à la commission Moscovici de bien regarder cette vidéo sur la vision socialiste de l'écologie:


Enfin je conseillerai au labo des idées du PS d'aller chercher directement les idées à la source. Il y en a ici 100 d'exposées et beaucoup de perles pour le projet socialiste d'avenir:


En conclusion on voit en fligrane ce qui va se passer et quel sera le choix à faire pour les militants et les citoyens.: Soit faire le choix de la cohérence des valeurs et des idées, soit choisir la continuité passée avec le retour des éléphants qui finiront par se soumettre au plus compétent d'entre eux: DSK et sa logique financière mondiale. Alors qui pour lui résister et faire comme Lula une politique pour les citoyens de son pays? En 2011 n'oubliez rien de 2007 et votez pour l'original c'est tout de même plus rassurant pour l'avenir.

le post v2

samedi 17 avril 2010

Au fil de ses déclarations, Ségolène Royal dessine un projet alternatif pour la France.


Ségolène Royal - France Inter

Dans les réponses apportées par Ségolène Royal ce vendredi 16 avril sur France Inter aux questions des journalistes, on peut relever les contours d’un projet alternatif pour la France.

- C’est un cheval de bataille de la présidente socialiste de région, la démocratie française doit être refondée en donnant aux citoyens toute leur place dans le débat et la prise de décision. La dérive vers une démocratie des élites et des experts conduit la France dans le mur. Le dernier exemple en date, sur lequel la socialiste a été interrogée, est l’affaire des zones noires décidées par le gouvernement après la tempête Xynthia. La méthode du gouvernement qui consiste à prendre des décisions brutalement, sans concertation avec les habitants, conduit une nouvelle fois l’équipe de Sarkozy à reculer. Ce n’est pas une bonne méthode de gouvernance.

- Il ne peut y avoir de bonne réforme sans justice sociale. Sur la question des retraites, longuement interrogée, la socialiste refuse de revenir sur la retraite à 60 ans, « un acquis social ». Pour Ségolène Royal les solutions existent. D’abord, une politique de relance permettrait de réduire le chômage et donc de remplir les caisses, ensuite il faut trouver de nouvelles ressources. En somme : pourquoi s’attaquer à un acquis social alors qu’on peut augmenter les ressources ? On voit bien dans son intervention, deux approches différentes s’opposer. A droite ce sont les salariés qui paieront, pour la socialiste c’est le capital, retrouvant d’indécents bénéfices, qui doit contribuer au financement des retraites, « le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ».

- Ségolène Royal prône un autre modèle de développement face au modèle libéral et à la financiarisation de l’économie. Elle souhaite une intervention beaucoup plus dynamique des pouvoirs publics, Etat et régions, pour définir une politique industrielle et accompagner sa mutation notamment pour une croissance verte. Un autre modèle de développement crédible comme elle a su le démontrer dans sa région, obtenant aux dernières élections régionales, un large soutien des électeurs. Faisant référence à son voyage au Brésil et à sa rencontre avec le président Lula, elle veut montrer qu’elle ne sera pas seule pour défendre ce projet alternatif et que le volontarisme politique permet d’obtenir des résultats contrairement à la politique actuelle de Sarkozy.

Ainsi Ségolène Royal peut aujourd’hui peser sur le débat sans se mettre en avant mais en défendant un projet alternatif et crédible. Femme libre et déterminée, la socialiste n’entend pas s’enfermer dans une candidature à la présidentielle qui lancerait le bal des égos des socialistes. Reste qu’on peut s’interroger aujourd’hui car il ne s’agira pas demain de gouverner comme hier. Qui mieux qu’elle aura la force de conduire cette bataille pour faire bouger la France ? Qui d’autre pour sincèrement conduire ce projet alternatif et préparer l’avenir ?